Toute la logique humaine est annulée quand, au lieu de s'élever au dessus des intérêts matériels, l'homme fait de ces intérêts le mobile absolu de sa conduite.
L'art n'est pas une étude de la réalité positive : c'est une recherche de la vérité idéale. (...) Tout ce que l'artiste peut espérer de mieux, c'est d'engager ceux qui ont des yeux à regarder aussi.
Ne peut-on aimer sans risquer de perdre ?
La société ne doit rien exiger de celui qui n'attend rien d'elle.
Il y a un trésor dans la terre. Il n'est à personne ; il est à tout le monde.
Tant qu'un chacun le cherchera pour le prendre et pour le garder à lui tout seul, aucun ne le trouvera. Ceux qui voudront le partager entre tout le monde, ceux-là le trouveront...
Citoyens,
Ouvriers des villes et des manufactures, généreux enfants de la République, c'est vous qui formez la majorité des électeurs dans les vastes et nombreux foyers de l'industrie. Il importe que vous vous rendiez compte de vos souffrances, de vos droits et de vos justes prétentions. Faites-les connaître, parlez à vos candidats, parlez à la France ce langage éloquent et simple de la vérité que la France n'a jamais entendu encore d'une manière officielle.
La République est la plus belle et la meilleure forme des sociétés modernes. (...)
La République que nous inaugurons n'aura que des hommes libres, égaux en droits. Elle vivra ; elle est à la hauteur du temps où nous sommes.
Qu'aucun de nous ne soit au-dessous d'elle. Condamner l'idée de République, c'est se condamner soi-même. Dire qu'elle est impraticable, c'est se reconnaître indigne de la grandeur et de la noblesse qu'elle confère à l'homme.
Je relis tout cela par hasard. J'étais amoureuse de ce livre, je voulais y écrire de belles choses. Je n'y ai écrit que des bêtises. Tout cela me semble emphatique aujourd'hui. Je croyais pourtant bien être de bonne foi. Je m'imaginais me résumer. Est-ce qu'on peut se résumer ? Est-ce qu'on peut se connaître ? Est-ce qu'on est jamais quelqu'un ? Je n'en sais plus rien. Il me semble qu'on change de jour en jour et qu'au bout de quelques années on est un être nouveau. J'ai beau chercher en moi, je n'y retrouve plus rien de cette personne anxieuse, agitée, mécontente d'elle-même, irritée contre les autres. J'avais sans doute la chimère de la grandeur.
J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois mais j'ai aimé.
Le peuple sage et moral n'a pas le temps, ou le moyen ou l'envie d'aller au spectacle. Et puis les théâtres sont arrangés de façon à ce que les gros sous des basses places ne les fassent pas vivre. Il leur faut les écus de la bourgeoisie. Et tout est arrangé ainsi dans la société, c'est pourquoi les révolutions où la bourgeoisie se renferme et serre ses écus, paralysent la vie sociale, artistique, commerçante, populaire, et amènent d'inévitables réactions auxquelles le peuple ouvre les bras par dégoût de ses privations et dominations.
La peine de mort, le régime cellulaire pour les criminels, sont aussi coupables, aussi absurdes que l'épouvante, la séquestration et le désespoir auquel on a longtemps abandonné les fous ; et auxquels on les abandonne encore hors de France dans des contrées qui se disent civilisées.
C'est dans le peuple et dans la classe ouvrière surtout qu'est l'avenir du peuple. (...)
Quand le peuple donnera l'exemple de la fusion de ses intérêts individuels en un seul intérêt, exemple admirable qu'il a déjà donné sur plusieurs points de la France, croyez-moi, le peuple sera bien fort et bien grand. C'est lui qui sera le maître du monde, l'initiateur à la civilisation, le nouveau messie. Il donnera un victorieux démenti aux déclarations antisociales qui nous inondent et un terrible soufflet à la fausse science, et à la vaine sagesse de nos économistes et de nos législateurs, les scribes et les pharisiens du temps présent.
Moi, je crois que dans cinquante ans je serai parfaitement oubliée et peut-être durement méconnue. C'est la loi des choses qui ne sont pas de premier ordre et je ne me suis jamais crue de 1er ordre. Mon idée a été plutôt d'agir sur mes contemporains, ne fût-ce que sur quelques uns, et de leur faire partager mon idéal de douceur et de poésie.
Comme femme, je suis toujours forcée de reculer devant la crainte d'insultes pires que des coups, devant ces sales invectives que les braves de la bourgeoisie ne se font pas faute d'adresser au plus faible, à la femme de préférence à l'homme.
On demande où sera le principe d'autorité nécessaire à l'existence de la famille si cette autorité est partagée également entre le père et la mère. Nous disons que l'autorité ne sera pas immobilisée dans les mains de celui qui peut impunément avoir toujours tort, mais qu'elle se transportera de l'un à l'autre, suivant l'arbitrage du sentiment ou de la raison, et lorsqu'il s'agira de l'intérêt des enfants, je ne vois pas pourquoi l'on se méfierait de la sollicitude de la mère puisqu'on reconnaît que c'est elle qui a l'amour le plus vif et le plus soutenu de la progéniture (...).
Il y a deux sortes de propriétés comme il y a deux sortes de vies. Il y a la propriété particulière et individuelle, comme il y a la vie particulière et individuelle. Il y a la propriété commune et publique, comme il y a la vie publique et commune ; (...) la richesse de tous est devenue l'enjeu d'une classe privilégiée...
Un roman n'est pas autre chose que le résumé plus ou moins réussi de ce que nous observons au-dehors et de ce que nous bâtissons en nous-mêmes.
Tu ne veux pas être l'homme de la nature. Tant pis pour toi, tu attaches dès lors trop d'importance au détail des choses humaines et tu ne te dis pas qu'il y a en toi-même une force naturelle qui défie les si et les mais du bavardage humain. Nous sommes de la nature, dans la nature, par la nature et pour la nature. Le talent, la volonté, le génie sont des phénomènes naturels comme le lac, le volcan, la montagne, le vent, l'astre, le nuage. Ce que l'homme tripote est gentil ou laid, ingénieux ou bête ; ce qu'il reçoit de la nature est bon ou mauvais mais cela est. Cela existe et subsiste.
Eh quoi, tu veux que je cesse d'aimer ? Tu veux que je dise que je me suis trompée toute ma vie, que l'humanité est méprisable, haïssable, qu'elle a toujours été, qu'elle sera toujours ainsi ? Et tu me reproches ma douleur comme une faiblesse, comme le puéril regret d'une illusion perdue ? Tu affirmes que le peuple a toujours été féroce, le prêtre toujours hypocrite, le bourgeois toujours lâche, le soldat toujours brigand, le paysan toujours stupide ? Tu dis que je savais tout cela dès ta jeunesse et tu te réjouis de n'en avoir jamais douté parce que l'âge mûr ne t'a apporté aucune déception : tu n'as donc pas été jeune ? Ah ! nous différons bien, car je n'ai pas cessé de l'être si c'est d'être jeune que d'aimer toujours ! (...) Me trouveras-tu un refuge dans la vieillesse qui rapproche de la mort ? Et que m'importe à présent la mort ou la vie pour moi-même ? Je suppose qu'on meure tout entier, ou que l'amour ne nous suive pas dans l'autre vie, est-ce que, jusqu'au dernier souffle, on n'est pas tourmenté du désir, du besoin impérieux d'assurer à ceux qu'on laisse toute la somme du bonheur possible ? Est-ce qu'on peut s'endormir paisiblement quand on sent la terre ébranlée prête à engloutir tous ceux pour qui on a vécu ? (...) Non, non, on ne s'isole pas, on ne rompt pas avec les liens du sang, on ne maudit pas, on ne méprise pas son espèce. L'humanité n'est pas un vain mot. Notre vie est faite d'amour, et ne plus aimer c'est ne plus vivre.
Je sais ou je prévois tous les dangers de mes hardiesses ; mais j'ose toujours : je puise mon courage à une source inépuisable, ma loyauté. Le monde ne m'en tient pas compte ; mais je marche toujours, et j'arriverai peut-être à le convaincre. Un jour il me connaîtra sans doute, et si ce jour n'arrive pas, peu importe, j'aurai ouvert la voie à d'autres femmes. D'autres femmes réussiront, d'autres femmes oseront être franches ; et sans dépouiller la douceur de leur sexe, elles prendront peut-être la fermeté du vôtre. Elles oseront se confier à leur propre force, fouler aux pieds l'hypocrite prudence, ce rempart du vice, et dire à leur amant : « Celui-ci n'est que mon ami », sans que l'amant les soupçonne ou les épie...
Quand la jeunesse ne peut manifester ce qu'elle a de grand et courageux dans le c½ur que par des attentats à la société, il faut que la société soit bien mauvaise.